ActualitésConcours Conte-gouttes

Maxime Ouellet, étudiant en Arts, lettres et communication – profil Création et médias, est le gagnant du concours Contes-gouttes 2021, grâce à son texte « L’automate ». Organisée par le Centre d’étude de la littérature beauceronne (CELB), cette sixième édition a reçu une vingtaine de textes, qui ont été soumis au jury composé de trois enseignants, soit Jacinthe Duchesne, Marie-Hélène Lebel et Arnaud Ruelens-Lepoutre.

Le conte-goutte de Maxime a obtenu les honneurs grâce à l’habileté des jeux de mots, la mise en abyme ainsi que l’affront aux conventions. Celui-ci a ainsi devancé l’étudiante Samia Côté (Réalité extérieure), qui a été classée en seconde place grâce à l’univers évocateur qu’elle a su créer, ainsi que Virginie Morin Veer (L’efface), dont l’ambiance anxiogène bien rendue et l’excellente chute lui ont valu la 3e place.

Le conte-goutte est un type de conte très particulier imaginé par l’écrivain de science-fiction Jacques Sternberg. C’est un très court texte, basé sur une idée étrange ou brillante, dont la chute doit étonner. Il peut être de toute nature : science-fiction, fantastique, romantique, policier, historique, etc.

Les étudiants récipiendaires recevront des montants de 100 $, 60 $ et 40 $ offerts par le CELB et le socioculturel du Cégep.

Voici les textes gagnants :

Premier prix : L’automate de Maxime Ouellet

Deux cents mots. Deux cents maux. Deux sans moi. Un Double. Cent doutes. Sous ma surface, personne ne s’en doute, mais dans la pénombre, je me demande ce que mon sang goute.

Je me dédouble. Personnalité trouble. Convictions rigides. Actions souples. Où c’qu’on soupe ? Non pas « Qu’est-ce qu’on » mais « où c’qu’on ». Preuve que je ne suis plus autonome.

Automate en automne. Mon circuit est court. Court-circuité. Mon curry est épicé. Curriculum vitae rempli d’expériences de travail en épicerie.

Deux cents. Jamais deux sans trois. Jamais moi sans toi.

Les poètes maudits m’ont dit : « Automate, deux cents mots ». Alors je tape et je frappe et j’éclate. Mes maudits mots.

C’est l’hiver, c’est l’été, c’est l’automne, mais jamais le printemps. C’est un, c’est mille, c’est un million, mais ce n’est jamais deux cents. On me dit : redescends sur terre. Mais si je redescends pour plaire, déprimé tout de suite, je pense me mettre high.

Deux cents mots ? Sincèrement ?

Anciennement, ça aurait été un problème. J’étais un étudiant s’obstinant. Une révolte s’enivrant. Une anarchie prenant la forme d’un être vivant.

Aujourd’hui, pas de problème. J’ai compris le système.

Je suis un automate; tu entres les consignes dans mon circuit.

Je m’exécute.

Deuxième prix : Réalité extérieure de Samia Côté

Mon cœur manqua un battement quand mon dos heurta le mur. Je ne pouvais plus reculer. Le monstre s’élevait, gigantesque, occupant tout mon champ de vision. J’aurais dû détourner le regard, réagir, crier, mais j’en étais incapable. Je ne pouvais que dévisager cette créature à la peau grise et ratatinée, comme celle d’un cadavre et ses petits yeux noirs, ô combien lucides qui me fixaient et semblaient lire mon âme. Pas de museau. Pas de nez. Juste une face plate, avec une cinquième patte qui pendait. Pour compléter le tableau d’horreur, il avait deux cornes courbées, pointées sur moi.

Je retrouvai mes moyens quand le monstre étira sa cinquième patte – ou était-ce un bras ? – pour me toucher. La panique contrôla mes mouvements et je retirai vivement les lunettes RV. Le monstre disparut, remplacé par un scientifique et la blancheur des labos. Extérieur. Je n’aurais jamais dû découvrir ce mot. Quand j’avais demandé aux adultes, ils m’avaient répondu : il y avait l’intérieur de ma chambre et l’extérieur, les labos. Quand j’avais demandé ce qu’il y avait à l’extérieur des labos, ils s’étaient énervés : c’était dangereux. Je comprenais pourquoi, maintenant…

– Ça va ? s’enquit-il.

– C’était quoi… cette chose ? m’écriai-je.

– Un éléphant. Juste un éléphant.

Troisième prix : L’efface de Virginie Morin-Veer

L’horloge paraissait engourdie, les minutes semblaient stagnantes. Dehors, le temps était maussade. Quelle journée déprimante ! Je soupirai et levai les yeux vers la pyramide de papiers indignes qui trônait sur mon bureau. Abattu, je pigeai une feuille au hasard. Lentement, je me mis à scruter les lignes et à découvrir les erreurs parmi celles-ci. Je déposai la feuille et commençai à effacer les fautes.

Cependant, non seulement les imperfections disparaissaient, le papier lui aussi s’évanouissait sous mes yeux. Sous le choc, je me mis à frotter de plus en plus fort jusqu’à ce qu’un énorme trou se soit creusé dans le bois. Je me levai de ma chaise, complètement abasourdi, et tentai d’effacer un cercle dans la fenêtre. Même résultat, une douce brise froide entrait maintenant par le rond que j’avais créé.

Je rapprochai l’efface pour la regarder de plus près. Je l’examinais quand quelqu’un cogna à la porte. Pris de surprise, je paniquai. L’efface effleura mes lèvres, les réduisant à néant. Mes cris furent silencieux.